La méthode Feynman, expliquer pour vraiment comprendre

Votre enfant a relu son chapitre, il vous dit qu'il a compris. Vous lui demandez de vous l'expliquer, et au bout de deux phrases il s'arrête, reprend, cherche ses mots, finit par vous lire le cahier.

Vous venez d'en faire, sans le savoir, la première étape, celle qu'on appelle la méthode Feynman. C'est l'un des procédés les plus simples pour distinguer ce qu'un élève reconnaît de ce qu'il sait réellement, et l'un des rares qui ne demande au parent aucune compétence dans la matière.

Cette page explique le principe, les quatre étapes, et comment les mettre en œuvre au collège et au lycée sans que cela tourne à l'interrogation. Elle prolonge notre guide sur la méthode de travail au collège.

Le principe, si on ne sait pas l'expliquer simplement, on ne l'a pas compris

L'idée tient en une phrase. Tant qu'on a besoin du vocabulaire du cours pour expliquer une notion, on ne fait que la restituer. Dès qu'on parvient à la dire avec ses propres mots, à quelqu'un qui ne la connaît pas, on l'a comprise.

Ce qui rend le procédé utile, c'est qu'il est difficile de s'y illusionner longtemps. Un élève peut relire un chapitre sans savoir s'il l'a compris. Dès qu'il l'explique à voix haute, les endroits qui ne tiennent pas deviennent audibles, pour lui comme pour celui qui écoute.

D'où vient la méthode Feynman

Elle porte le nom de Richard Feynman (1918-1988), physicien américain colauréat du prix Nobel de physique 1965 avec Julian Schwinger et Sin-Itiro Tomonaga pour leurs travaux en électrodynamique quantique. Il est resté aussi célèbre pour sa façon d'enseigner que pour ses recherches.

Feynman n'a jamais publié de méthode en quatre étapes. La formalisation qu'on trouve partout aujourd'hui lui est postérieure, popularisée au début des années 2010, notamment par l'auteur canadien Scott H. Young, à partir de la manière de travailler que Feynman décrivait lui-même. C'est un principe pédagogique de bon sens mis en forme après coup, plutôt qu'un protocole expérimental. Cela ne l'empêche pas d'être utile, mais autant le dire.

Les quatre étapes, sur un chapitre de SVT au collège

Prenons un exemple concret, la façon dont les organes sont approvisionnés en dioxygène et en nutriments, en sciences de la vie et de la Terre.

Première étape, écrire le titre sur une feuille blanche et expliquer. L'élève ferme le cahier et écrit, ou dit à voix haute, tout ce qu'il sait de la notion, comme s'il s'adressait à un enfant plus jeune. Sans jargon, sans formule apprise.

Deuxième étape, repérer les endroits où ça bloque. Ce sont les moments où il s'interrompt, où il emploie un mot du cours sans pouvoir le définir, où il enchaîne « et donc » sans savoir dire pourquoi. Ces points sont l'information utile de l'exercice.

Troisième étape, retourner au cours, mais seulement sur ces points. C'est ce qui rend la méthode économique. On ne relit pas le chapitre, on va chercher les quelques passages qui manquaient.

Quatrième étape, recommencer en simplifiant. Refaire l'explication, en cherchant à remplacer chaque terme technique restant par une formulation ordinaire ou une image. Quand l'explication tient sans jargon et sans hésitation, l'élève a franchi une étape. Il n'a pas encore la preuve que ça tiendra, et celle-là s'obtient en refaisant l'exercice quelques jours plus tard, cahier fermé, sans avoir rouvert le cours entre-temps.

L'exercice est court, parce qu'on ne relit pas le chapitre. On ne retourne au cours que sur les points où l'explication s'est arrêtée, et c'est ce qui le rend tenable un soir de semaine.

Ce que la méthode révèle, reconnaître n'est pas savoir

Quand un élève relit, tout lui paraît familier, et il en conclut qu'il sait. Cette impression est produite par la relecture elle-même. Elle mesure à quel point le texte est reconnaissable, et non à quel point il est disponible. Nous développons ce point sur notre page consacrée à la façon d'apprendre une leçon.

L'intérêt de la méthode Feynman est de rendre cet écart visible dès les premières phrases, sans avoir besoin d'attendre le contrôle pour le découvrir.

Le rôle du parent, être l'auditoire qui ne comprend pas

C'est là que la méthode devient précieuse pour vous, y compris, et peut-être surtout, si vous ne connaissez rien à la matière.

Votre rôle n'est pas de vérifier l'exactitude de ce qu'il dit. Il est de dire, honnêtement, quand vous ne suivez plus. « Là je n'ai pas compris », « attends, pourquoi ? », « c'est quoi ce mot ? » sont les seules interventions nécessaires, et elles ne demandent aucune connaissance préalable.

Deux précautions rendent l'exercice tenable. Ne l'interrompez pas à chaque hésitation, le silence pendant lequel il cherche étant le moment où le travail se fait. Et ne corrigez pas le contenu si vous n'êtes pas sûr, votre incompréhension étant une information suffisante et l'exactitude se vérifiant dans le cahier.

À terme, l'objectif est qu'il se passe de vous, qu'il s'explique la notion à voix haute, seul, et repère lui-même l'endroit où il bute. Certains y arrivent seuls dès le collège, d'autres bien plus tard, et cela dépend surtout de ce qu'on leur a montré.

Les matières où elle fonctionne, celles où elle ne suffit pas

C'est ce que nous observons chez nos élèves, et nous le donnons comme tel. La méthode donne ses meilleurs résultats partout où il y a un raisonnement à reconstituer, en sciences, en histoire-géographie, en enseignement moral et civique, et au lycée en sciences économiques et sociales ou en philosophie. Ce sont des matières où l'évaluation demande d'expliquer, plutôt que de réciter. Il s'agit d'une observation de terrain, qui souffre des exceptions. Aucun laboratoire ne l'a mesurée.

Elle est moins adaptée au vocabulaire d'une langue vivante ou aux formules à mémoriser telles quelles. Là, c'est la reprise à intervalles espacés qui fait le travail, et nous la détaillons sur notre page dédiée à la répétition espacée.

En mathématiques, elle est utile pour les définitions et les théorèmes, expliquer ce que dit un théorème et à quoi il sert étant très différent de le réciter, mais elle ne remplace pas le fait de refaire des exercices.

Là où nous intervenons

Expliquer à voix haute suppose quelqu'un en face. C'est la limite du procédé quand un élève travaille seul. Il peut s'auto-expliquer une notion, il aura beaucoup plus de mal à repérer seul ce qu'il n'a pas compris.

Chez Méthode Aristote, l'accompagnement se fait en visioconférence, de la 6e à la terminale, avec chaque semaine une heure de cours et une heure de travail supervisé. C'est dans cette seconde heure que l'exercice trouve sa place, quand le chapitre s'y prête. C'est l'élève qui explique, le tuteur écoute et signale où le raisonnement s'interrompt, sans répondre à sa place. Une heure par semaine ne remplace pas le travail des six autres jours, elle sert à lui donner une méthode qu'il pourra appliquer seul.

Questions fréquentes

Faut-il vraiment écrire, ou l'oral suffit-il ?

L'oral suffit dans la plupart des cas et va plus vite. L'écrit est utile quand l'élève s'écoute peu ou se laisse porter par des formules apprises, la feuille blanche rendant les trous plus difficiles à ignorer.

Combien de temps cela prend-il ?

Moins qu'une relecture complète, puisqu'on ne retourne au cours que sur les points manquants. La durée réelle dépend du chapitre et de ce que l'élève sait déjà, et nous ne donnons pas de durée type, elle ne voudrait rien dire.

Mon enfant refuse de m'expliquer sa leçon. Que faire ?

Proposez qu'il l'explique à quelqu'un d'autre, un frère ou une sœur plus jeune, un camarade, ou même à voix haute dans sa chambre. L'essentiel est qu'il formule, plutôt qu'il vous ait comme auditoire.

Est-ce que cela marche pour la philosophie ?

Oui, et c'est l'un des usages les plus directs qu'on puisse en faire. Un concept qu'on ne sait pas expliquer avec ses mots ne sera pas mobilisable dans une dissertation.

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