Courbe de l'oubli, pourquoi votre enfant oublie ses leçons

Il a appris sa leçon. Vous l'avez fait réciter la veille, il la savait. Trois jours plus tard, au contrôle, il n'en reste presque rien, et la question arrive toute seule. Est-ce qu'il a vraiment travaillé ?

Il a travaillé. Ce qui s'est passé entre-temps porte un nom, et c'est un phénomène assez régulier pour avoir été mesuré il y a bientôt cent cinquante ans, la courbe de l'oubli.

Cette page explique ce que cette courbe décrit exactement, ce qu'elle ne décrit pas, la nuance comptant beaucoup et presque aucun site ne la faisant, et surtout ce qu'un parent de collégien ou de lycéen peut en tirer dès cette semaine. Elle prolonge notre guide sur la méthode de travail au collège.

Ce qu'Ebbinghaus a mesuré en 1885, et ce qu'il n'a pas mesuré

En 1885, le psychologue allemand Hermann Ebbinghaus publie Über das Gedächtnis. Il y fait deux choses inhabituelles. Il est son propre et unique sujet d'expérience. Et il n'apprend pas des leçons, mais des syllabes dénuées de sens, des suites consonne-voyelle-consonne construites exprès pour n'évoquer strictement rien.

Le choix est délibéré. Ebbinghaus veut mesurer la mémoire seule, débarrassée de tout ce qui aide ordinairement à retenir, à savoir le sens, les connaissances déjà présentes et les associations d'idées.

Il ne mesure pas non plus ce dont il se souvient. Il mesure le temps gagné pour réapprendre la même liste plus tard, rapporté au temps qu'il avait fallu la première fois, ce qu'il appelle les économies. Les valeurs qu'il publie sont d'environ 58 % après vingt minutes, 44 % après une heure, 34 % après un jour, et encore près de 21 % après un mois.

On tient là l'origine exacte de la formule qui circule partout, « on oublie 70 % de ce qu'on apprend en vingt-quatre heures ». À un jour, Ebbinghaus retrouve 34 % de son temps d'apprentissage, il en aurait donc « perdu les deux tiers ». Sauf que ce qui est perdu n'est pas de la leçon, mais du temps de réapprentissage, sur des syllabes qui ne veulent rien dire.

Et le chiffre lui-même dépend de la façon dont on le calcule. En 2015, Jaap Murre et Joeri Dros ont publié dans la revue PLoS ONE une réplication moderne, dans laquelle Dros a tenu lui-même le rôle de sujet unique pendant plusieurs mois. En recalculant les données d'Ebbinghaus à partir des durées mesurées en secondes, ils obtiennent des valeurs sensiblement différentes de celles qu'il avait publiées. Il n'y a pas là de contradiction, puisque ce ne sont pas tout à fait les mêmes grandeurs. Mais cela devrait rendre prudent quiconque cite un pourcentage à l'unité près.

La courbe, elle, se retrouve, et les auteurs qualifient de remarquable la ressemblance avec les données de 1885. Leur article pose aussi quatre réserves que les résumés omettent. Le protocole reste à sujet unique, donc on ignore la forme qu'aurait la courbe chez quelqu'un d'autre. La mesure de leur propre sujet à trente-et-un jours s'effondre très en dessous de toutes les autres, sans qu'ils sachent l'expliquer autrement que par des hypothèses. La courbe moyenne masque des courbes très différentes selon l'élément considéré et le degré d'apprentissage atteint. Et elle n'est pas lisse, puisqu'elle remonte probablement autour de la vingt-quatrième heure, ce que les auteurs relient prudemment au sommeil.

Retenez donc ceci. La courbe de l'oubli est solide comme phénomène, et fragile comme chiffre.

Pourquoi une leçon comprise résiste mieux

Si Ebbinghaus a choisi des syllabes sans signification, c'est parce que le sens change tout. Il voulait le neutraliser. Dans la vie scolaire, il est au contraire le principal allié de votre enfant.

Une leçon comprise ne s'oublie pas au rythme d'une liste absurde. Un chapitre d'histoire dont il a saisi l'enchaînement, une règle de grammaire dont il voit à quoi elle sert, un théorème qu'il a vu fonctionner sur trois exercices, tout cela s'accroche à ce qu'il sait déjà, et l'oubli devient beaucoup plus lent.

Ce qui explique une observation que font beaucoup de parents. Deux enfants passent le même temps sur la même leçon, l'un la retient trois semaines, l'autre deux jours. La différence tient rarement à la quantité de travail seule. Le premier a compris avant d'apprendre, le second a appris sans comprendre, et il se trouve alors, sans le savoir, dans la situation exacte d'Ebbinghaus face à ses syllabes.

Première conséquence pratique, avant même toute question de rythme. Vérifier qu'il a compris rapporte plus que de le faire réviser une fois de plus.

Reprendre et se tester, les deux leviers qui marchent

Le deuxième levier est le seul que la recherche désigne sans ambiguïté, et il est contre-intuitif.

En 2006, Henry Roediger et Jeffrey Karpicke ont comparé, dans Psychological Science, plusieurs façons de travailler un même texte sur un même nombre de séances. Un groupe a relu le texte pendant quatre séances. Un autre ne l'a lu que pendant une seule séance, puis a tenté trois fois de le restituer de mémoire, sans jamais recevoir la correction. Cinq minutes après, ceux qui avaient relu obtenaient de meilleurs résultats, 83 % contre 71 %. Une semaine après, le rapport s'était inversé, avec 61 % pour ceux qui s'étaient testés et 40 % pour ceux qui avaient relu. Le chiffre le plus parlant est ailleurs. Le premier groupe avait lu le texte 14,2 fois en moyenne, le second 3,4 fois. C'est celui qui l'avait le moins vu qui en gardait le plus.

Ces résultats ont été obtenus en laboratoire, sur des étudiants et des textes en prose. Ils ne prédisent pas une note, et aucune étude ne le fait. Ce qu'ils établissent est plus modeste et plus utile. C'est l'effort de retrouver une information, davantage que le nombre de fois où on la relit, qui la rend disponible plus tard.

Ce résultat explique une scène très ordinaire. La veille du contrôle, votre enfant relit, tout lui paraît familier, il vous dit sincèrement qu'il sait sa leçon. La familiarité de la relecture se confond avec le sentiment de savoir. Ni paresse ni mauvaise foi, une illusion que la méthode elle-même fabrique.

Le troisième levier est l'espacement. Une méta-analyse de Nicholas Cepeda et de ses collègues, publiée la même année, a rassemblé 839 mesures issues de 317 expériences, et montre que reprendre à intervalles espacés retient mieux que tout faire d'un bloc. Avec une réserve que nous préférons dire, parce qu'elle change la façon d'appliquer la chose. L'intervalle idéal dépend de la durée pendant laquelle il faut retenir, et au-delà d'un certain écart le rappel se dégrade. Il n'existe pas de calendrier universel.

Appliqué à une leçon de collège

Voici un point de départ, à ajuster selon l'échéance. Il ne s'agit pas d'un protocole scientifique mais d'une traduction raisonnable des trois principes ci-dessus.

Le soir même du cours, cinq minutes suffisent, en relisant une fois, puis en fermant le cahier et en redisant l'essentiel à voix haute. C'est la reprise la moins coûteuse et la plus rentable, parce qu'elle se fait pendant que le cours est encore frais, la même reprise coûtant un quart d'heure trois jours plus tard.

Deux ou trois jours plus tard, une reprise sans le cahier. Il se donne lui-même les titres du cours, essaie de reconstituer chaque partie à voix haute, puis vérifie. Cinq à dix minutes. L'objectif est qu'il apprenne à se poser les questions à votre place, cette compétence étant celle qui lui restera après le contrôle.

Une semaine après, une dernière reprise, plus courte encore. Si le contrôle est plus lointain, ajoutez une reprise à quinze jours plutôt que d'allonger les séances.

Trois choses comptent davantage que le calendrier exact. Chaque reprise doit être une restitution et non une relecture, procédé détaillé sur notre page consacrée à la façon d'apprendre une leçon. Elle doit être courte. Et elle doit être inscrite quelque part, sans quoi elle n'aura pas lieu, ce qui est le point où la plupart des tentatives échouent. Le mécanisme complet est sur notre page dédiée à la répétition espacée.

Ce que la courbe ne dit pas de votre enfant

Elle décrit une moyenne obtenue en laboratoire, sur un adulte, sur du matériel sans signification. Elle ne dit rien de la mémoire de votre enfant en particulier, et elle ne constitue en aucun cas un outil de diagnostic.

Un oubli qui vous paraît massif, brutal, ou qui s'accompagne d'autres difficultés persistantes ne relève pas de cette page, et aucune page ne peut vous répondre. Le bon premier interlocuteur est le professeur principal, qui voit l'élève en classe. Selon ce qu'il observe, le médecin traitant ou le médecin de l'Éducation nationale sont ceux qui peuvent poser un cadre et orienter. Nous détaillons ce parcours dans notre guide des parents d'enfants DYS, TDAH ou HPI.

Ce que ça change dans une semaine

La méthode tient en une phrase. Comprendre d'abord, se tester plutôt que relire, et reprendre trois fois brièvement plutôt qu'une fois longuement.

Elle échoue le plus souvent pour une raison qui n'a rien à voir avec la mémoire. Rien ni personne ne rappelle qu'il faut reprendre. La veille d'un contrôle, tout le monde sait quoi faire. Un mardi ordinaire, trois jours après une leçon sans échéance visible, l'idée ne vient à personne.

C'est précisément ce que nous organisons chez Méthode Aristote, en visioconférence, de la 6e à la terminale. Chaque semaine comporte une heure de cours et une heure de travail supervisé entre les séances, et la reprise espacée cesse d'être une bonne intention pour devenir un rendez-vous.

Questions fréquentes

Est-il vrai qu'on oublie 70 % de ce qu'on a appris en vingt-quatre heures ?

Non, pas sous cette forme. Le chiffre vient d'Ebbinghaus, qui mesurait le temps gagné à réapprendre des syllabes sans signification, et non la proportion d'une leçon qu'un élève garde en tête. Une leçon comprise s'oublie nettement plus lentement.

Combien de fois faut-il reprendre une leçon ?

Il n'y a pas de nombre juste, la recherche montrant que le bon écartement dépend de la date de l'échéance plutôt que d'une règle fixe. Pour un contrôle à une semaine, trois reprises très courtes constituent un point de départ raisonnable, le soir même, deux jours après, la veille. Pour une échéance lointaine comme le brevet, espacez davantage plutôt que d'allonger.

Vaut-il mieux relire ou se tester ?

Se tester, dès lors que le contrôle n'est pas dans l'heure qui suit. La relecture ne l'emporte qu'à très court terme, en donnant au passage une forte impression de maîtrise. À deux jours elle est déjà derrière, et à une semaine nettement.

Est-ce que cela vaut aussi pour le lycée ?

Oui, et davantage encore. Au lycée les chapitres sont plus longs et les échéances plus lointaines, donc l'écart entre relire et se tester se creuse. Le principe ne change pas, seuls les intervalles s'allongent.

Mon enfant oublie plus vite que son frère ou sa sœur. Est-ce inquiétant ?

Pas en soi. Les écarts de vitesse d'oubli sont ordinaires, et tiennent souvent à la compréhension préalable plutôt qu'à la mémoire. Si l'écart est important, durable et accompagné d'autres signes, parlez-en au professeur principal puis à un professionnel de santé.

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